13.08.2006
25 ans Deja
Est-ce la mutation du virus qui decimait les singes au Congo dans les annees 60, 70, ou le resultat d'essais pharmaceutiques probablement illegales, operes par une organisation americaine sur cette meme population, dans la meme region et a la meme periode qui est a la source de cette pandemie?
40 millions de porteurs du virus du SIDA plus tard et je ne sais combien de morts, la pandemie continue a progresser depuis deja 25 ans, surtout en Afrique Sub-saharienne ou des generations entieres sont eliminees, des millions d'enfants sont orphelins, voire pire egalement atteints par le virus. L'acces aux traitements n'est pas encore disponible a tous, les guerres economiques des entreprises phramaceutiques continuent, financer la recherche ou traiter les gens avec des traitement generiques a bas prix?
C'etait la Noel, il y a 8 ans de cela, je me souviens du jour ou un proche G., m'a annonce qu'il pensait avoir contracte ce maudit virus, qu'il avait couche avec une prostitue, quelques mois auparavant sans utilise de protection. Ce n'etait pas le moment de lui faire une lecon de morale sur son comportement a risque, voire suicidaire. Je lui conseille donc d'aller voir le medecin et de faire une prise de sang. Il ne sert a rien de speculer tant que le diagnostic n'est pas fait.
Une semaine plus tard, un samedi a 9hr du matin, G. me tend une lettre encore scellee, "les resultats du test...je peux pas l'ouvrir"..."Desole, moi non plus je peux pas", je ne veux pas etre celui qui pourrait lui annoncer sa mort.
On va chez le medecin ensemble, les deux minutes du trajet vers le cabinet medicale semble durer une eternite. Un tas d'images passent dans ma tete, et je m'imagine un tas de scenarii. On ne se dit mots. Je tiens la lettre qui decidera de l'avenir de G.
Arriver au cabinet, on n'a pas a attendre, on est les premiers. Le medecin, en nous voyons, sait pourquoi on est la. Je lui tends la lettre toujours scellee, il la decachete, en dechiffre le contenu. C'est le moment le plus tragique que je vie sans vouloir penser a G.
Je n'arrive pas a traduire les traits sur le visage du medecin qui reste stoique. Soudainement, il hoche de la tete desesperement ...."c'est negative". Je suis encore perturbe et je ne sais pas si c'est une bonne ou mauvaise nouvelle. "...tu n'as pas le virus" dit-il a G.
G est heureux, soulage. Moi aussi, je craque et fonds en larmes. L'accumulation du stress de ces derniers jours se deverse sur mon visage. "Qu'est-ce que t'as" me dit G. en m'attrapant le bras. "ne me touche pas", je lui dis en me liberant brutalement. Je lui dis que "prostitue si tu veux, mais utilises des preservatifs, t'es plus un putain de gamin".
Le medecin qui nous connait bien, engage une discussion et nous dit que pas mal de gens sont atteints par le virus dans le quartier. Je ne connaissais qu'une personne qui est decedee ici il y a une dizaine d'annees, il se droguait et ete devenu chetif. Il etait revenu dans le quartier passer ses derniers moments pres de sa famille.
On quitte le cabinet, il rentre apprecier pleinement cette periode festive de fin d'annee. J'ai besoin d'etre seul, de reflechir, j'en profite pour aller a Euromarche et acheter du pain pour le repas de midi.
Arrive au parking, un homme va de personne en personne pour vendre ses magazines. Il n'est pas tres loin, et il vient m'acoster. J'ai deja pas envie d'acheter son magazine et j'ai juste assez pour faire mes courses.
"bonjour", me dit-il avec un accent etranger, "bonjour". "Je vends des magazines pour mon association sur le SIDA". J'etais sur le point de lui dire non merci lorsque il prononca le mot SIDA. "C'est combien?", "20frs", je lui prends un exemplaire et commence a discuter.
"D'ou tu viens?", "Italie", il m'explique qu'il est atteint par le virus et qu'il a du mal a suivre un traitement la bas. Il est en France depuis peu et ce n'est pas facile ici non plus.
Je lui souhaite bon courage, il me tend sa main je lui tends la mienne, je sens qu'il porte des moufles. Je regarde ses mains, il porte un seul moufle a la main droite. "t'as pas besoin du gant pour me serrer la main, tu sais", "il fait un peu froid aujourd'hui" il me repond avec tacte et comprehension.
Je m'engouffre dans le magasin et lui continue sa vente et sa vie. Je me demande encore ce qu'il a pu advenir de lui.
Je pense egalement a A. dont je viens d'apprendre qu'elle est seropositive depuis plus de 10 ans. Elle vient du Congo justement. Son visage est toujours illumine par un large sourire et elle nous prepare regulierement des specialites culinnaires de chez elle.
La 16eme coonference international sur le SIDA s'ouvre aujourd'hui. La fondation Bill and Melinda Gates a offert 500 millions de dollars pour la recherche, une occasion de se rejouir modestement et respectueusement envers ceux qui souffrent, malades et proches.
La lutte contre cette pandemie continue, il faut qu'enfin les traitements soient disponibles a tous, renforcer l'education, la prevention. Lutter contre les mensonges, les mythes.... ce tabou qui tue.
Pour avoir travailler dans une association qui aide des personnes porteuses du virus, il n'est pas facile de faire passer et de faire accepter certains message a la societe.
Zed Zero
20:33 Publié dans Le Rond-Point | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Ça me fait plaisir de faire un tour chez toi, et trouver que ton blog est mis à jour régulièrement.
J’ai lu avec beaucoup d’émotions ton texte, je pense que les choses sont toujours plus poignantes et touchantes quand on se sent concernés…
Merci de partager.
Ecrit par : Manal | 14.08.2006
Hello Manal
J'y pense souvent a ce moment la, malgre moi, chaque noel. Je me dis que la vie de G. et de sa famille aurait pu etre completement differente.
Quand a A., je ne l'ai pas encore vu, je la verrai a Noel. Je viens juste d'apprendre sa maladie. Pas grand monde le sait autour d'elle, moi-meme je ne suis pas cense le savoir. Toute sa famille est au Congo.
Zed
Ecrit par : zed0 | 14.08.2006
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